Union des écrivaines et des écrivains québécoisUnion des écrivaines et des écrivains québécois

Nouvelles et communiqués

Retour à la listeMembres de l'UNEQ (Faits saillants)

29 mars 2010

Raôul Duguay, lauréat du Prix du Mérite du français dans la culture 2010


 
Hommage à Raôul Duguay
 
 

Communicateur, chansonnier, poète, philosophe, phonéticien, militant écologiste ou rêveur réveillé? Est-ce que le vrai Raôul Duguay voudrait bien se lever ? Ou nous faut-il admettre d’emblée que c’est justement la multiplicité des facettes de son talent qui a fait de lui le personnage incontournable de notre scène culturelle ?

Né d’un père musicien à Val-d’Or en Abitibi « ... le 13 février 1939 », ainsi qu’il la lui-même précisé dans une chanson autobiomythique passée à l’histoire, Raôul Duguay s’est d’abord fait connaître du grand public au sein du groupe l'Infonie, aux côtés du saxophoniste et compositeur Walter Boudreau et des autres infoniaques. Mais déjà, en 1967, le poète/musicien/chanteur avait emprunté un parcours des plus diversifiés. Encore adolescent, au tournant des années 50 et 60, il collaborait dans les journaux étudiants, se formait l’oreille à l’écoute des classiques et écrivait ses premiers poèmes. Chroniqueur culturel dans un journal local abitibien, il jouait aussi dans une fanfare, participait à ses premières émissions radio. Il manifestait déjà un goût marqué pour l’éclatement des formes, la pluralité des pratiques.

Venu poursuivre ses études à Montréal, le jeune Duguay fait la rencontre de Gaston Miron et d’un groupe de jeunes poètes avec qui il fonde la revue Passe-partout. Avec un premier spectacle où il mélange allègrement poésie, musique et peinture, il attire l'attention du cinéaste Jean-Pierre Lefebvre qui lui propose un rôle dans son film Mon Amie Pierrette. Membre du collectif de la revue Parti-Pris, il prône de concert avec Paul Chamberland l'adoption de l'orthographe Kébèk pour désigner le pays et fait paraître coup sur coup deux premiers recueils de poèmes : Ruts (1966) et Or le cycle du sang dure donc (1967).

Chroniqueur musical à l'émission Carnet des arts de Radio-Canada, Raôul Duguay réalise des entrevues qui seront réunies dans Musiques du Kébèk, publié quelques années plus tard. Au cours de cette même année, il se lie avec le jazzman Walter Boudreau, également porté vers le mélange des genres, avec qui il présente au Théâtre du Nouveau Monde un premier spectacle multidisciplinaire – bien avant que ce vocable passe dans le langage courant. Avec la création de Babababellllll, l'Infonie était née !

On le retrouve ensuite systématiquement aux événements culturels marquants de son époque, comme La Nuit de la poésie de 1970, immortalisée par un documentaire de Jean-Claude Labrecque, ou ce spectacle de soutien aux personnes emprisonnées à la suite de l'application de la Loi sur les mesures de guerre au Théâtre du Gesù, capté sur l'album Poêmes et Chants de la résistance 2. La vie des membres de l’Infonie s’est vue portée à l'écran par Roger Frappier, sous le titre L'Infonie inachevée. Comme les autres infoniaques, Raôul y adoptait la dénomination globale (envers + endroit = le touttt en tout) et se présente comme Raôul Luôar Yaugud Duguay. Avec ses costumes extravagants et sa présence à la fois joviale hallucinée, il n’a pas tardé à s’imposer comme l’un des phares de la contre-culture émergeante.

Avant même son départ de l’Infonie, Duguay s’est produit en solo, arborant notamment son fameux chapeau-panache tenant le globe terrestre entre ses bois. En France, en 1971, on a pu l’entendre en première partie d’Hugues Aufray, à Bobino ; c’est lors de ce séjour qu’il se lie d’amitié avec Julos Beaucarne. De retour au Kébèk, il présente un premier véritable spectacle en solo, Tôuseul ak tôulmônde, et s’affirme comme un auteur de chansons, à l’aise avec tous les niveaux de langage du français, dont l’œuvre se veut résolument accessible, ainsi qu’en témoigne son album Alllô tôulmônd, où les thèmes plus songés comme « Le chemin » (qu'on a redécouvert récemment sur un album d'Yvan Belleau), « Le désert » ou « Le vôyage » côtoyent le si reconnaissable « Touttt étô bouttt » et le méga-succès « La bittt à Tibi ». La suite de cette flamboyante carrière jalonnée de succès en chanson, en poésie, à la radio fait désormais partie de l’histoire du Kébèk.

La question se pose et s’impose toujours : communicateur, chansonnier, poète, philosophe, phonéticien, militant écologiste ou rêveur réveillé ? Est-ce que le vrai Raôul Duguay voudrait bien se lever ? La réponse importe peu, parce que c’est justement cette diversité des pratiques que nous voulons souligner aujourd’hui, cette diversité dans l’excellence et dans l’amour de la langue française, déclinée avec verve, humour mais aussi avec gravité, sous toutes ses formes. Puisque touttt est dans touttt et que touttt étô bouttt, ce sont touttt les Raôul Duguay du cosmos que nous honorons aujourd’hui en lui attribuant ce Prix du Mérite du français dans la culture.

Stanley Péan
Président de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois
Au nom du jury du Prix du Mérite du français dans la culture


Biographie

Raôul Duguay fait des études classiques au Séminaire d'Amos, puis au Séminaire de Rimouski. Il poursuit des études en philosophie à l'Université de Montréal (licence en 1964 puis scolarité de doctorat), pour ensuite enseigner au Collège Sainte-Croix (Cégep de Maisonneuve). Sa conception non orthodoxe de l'enseignement lui vaudra un congédiement en 1967.... Il est également professeur de philosophie et d'esthétique à l'Université de Montréal et de techniques d'écriture poétique à l'Université du Québec à Montréal dans les années soixante.

Dès 1965, il donne des lectures de ses premiers poèmes au Perchoir d'Haïti. À cette époque, il rencontre Gaston Miron qui l'initie à la poésie «kébékoise». Il fonde alors avec Pierre Bertrand et Juan Garcia la revue Passe-partout (1965) et publie Ruts aux Éditions Estérel (1966). Il entre aussi, pour un temps, à Parti pris, où il assume une chronique littéraire de 1967 à 1968. Puis il fait la connaissance de Walter Boudreau et d'autres musiciens et artistes avec qui il formera le groupe l'Infonie. Seul depuis 1972, Raôul Duguay a donné beaucoup de spectacles, tant en province qu'en France et en Belgique : il en compte près de 3 000 à son actif...

Artiste multidisciplinaire et communicateur polyvalent, Raôul Duguay possède ainsi plus d’une corde à son arc : poète (une quinzaine de recueils) ; dramaturge (une dizaine de pièces de théâtre) ; critique littéraire (Parti Pris, Quoi, Mainmise, Le Devoir, La Barre du Jour, Moebius, L’Action nationale, Le Sabord, Parcours) ; auteur-compositeur (plus de trente disques en solo et en collectifs, nomination à l’ADISQ, aux Prix Juno et au Prix ANIK (SRC, 1976)) ; peintre ; sculpteur ; cinéaste ; comédien ; animateur ; professeur ; conférencier ; formateur ; etc.

Raôul Duguay a reçu, en 1988, le deuxième prix du Concours d'œuvres dramatiques radiophoniques de Radio-Canada pour L'Instant d'après. En 1991, Golgot(h)a, un poème interprété sur une musique de Walter Boudreau (SMCQ) a remporté le Prix Gilson, Grand Prix international des Communautés de la Radiodiffusion de langue française (SRC). En 2004, le Conseil des arts et des lettres du Québec lui décerne le Prix à la création artistique en région pour l’ensemble de son œuvre.

L'écriture, et plus particulièrement la poésie, de Raôul Duguay travaillent les rythmes et l'oralité à travers ses transformations rapides, ses innovations sur le vif et ses provocations pour mobiliser le lecteur. Multipliant les contrastes, ses œuvres ont toujours su recréer une dynamique et se renouveler, même si elles demeurent attachées de manière constante à la cause québécoise.

Directeur artistique de plusieurs événements et organismes, il a été vice-président et directeur artistique de la Fondation pour l’Application des Technologies Nouvelles aux Arts (FATNA) et président du Festival International de Musique Nouvel Âge du Québec (FIMNAQ) où il a élaboré le concept et réalisé le premier Festival international de musique Nouvel Âge à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson en 1992. Depuis 2002, il est représentant des Porteuses et Porteurs d’eau au sein du comité de coordination de EAU SECOURS!, la coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau.




 
L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise, au Québec, au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socio-économiques des écrivains. En savoir plus
Web design = Egzakt ©UNEQ    Mise à jour : 9 septembre 2010
Conseil des arts et des lettres du Québec Conseil des Arts du Canada Conseil des arts de Montréal Gouvernement du Québec